La McPropagande, 🎶c'est ça que j'aime🎶
Un gel des prix? Tuez la une! Pis après ça tuez-nous, qu’on n’ait plus à endurer ce genre de niaiseries.
Ce n’est plus une surprise pour quiconque n’est pas plongé dans un coma profond (quel luxe!) que le cycle de nouvelles depuis quelque temps (choisissez votre quantité de temps, nous on dit depuis la nuit des) est assez déprimant que le saint câlisse. On songeait à abandonner l’idée d’être informé·es sur une base régulière et à juste consulter le Bye Bye une fois par année comme un boomer queb en Floride, quand une notification La Presse sur le cell de Mathieu nous a convaincu·es plus que jamais de l’importance et de la pertinence du quatrième pouvoir.

Une MAUDITE chance qu’on avait activé la sonnerie de notre téléphone pour la première fois depuis dix ans! DIRE qu’on aurait pu manquer cette information cruciale. On s’en serait jamais remis·es d’apprendre ça après tout le monde, tels des Gen X qui écoutent leurs Reels sur Facebook.
Voici comment tout cela s’est passé.
À 3 heures du matin, la pagette de Michel Gagné, journaliste d’enquête à L’Express, sonne. Il ne reconnaît pas le numéro. Ce qui est étrange parce que personne n’a le numéro de cette pagette, sauf son contact haut-placé dans le gouvernement lavallois, avec qui il travaille pour faire libérer des otages. Michel délousse sa cravate. Oui, Mike porte une cravate à 3 heures du matin, parce qu’il est encore au bureau, à taper sur sa dactylo un exposé de 5000 mots qui devrait faire tomber deux présidents, un astronaute et le CEO d’une compagnie de poudre à pâte. Du gros stock.
Intrigué par le mystérieux numéro, Michel tasse les 45 cups de café en styrofoam qui encrassent son bureau, décroche le gros téléphone noir et compose. Ça sonne. Un seul coup. Tout de suite, une grosse voix grave, manipulée électroniquement, lui dit :
«Si vous voulez vivre assez longtemps pour voir le soleil se lever, venez me rejoindre au troisième sous-sol du parking de La Belle Province coin Ontario et Papineau. Et venez seul. *CLIC*»
Sur un fond de musique de jazz bien sombre, Michel se rend au point de rendez-vous. Au fond de l’imposante structure en béton, une figure se tient dans la pénombre. À intervalles réguliers, un petit point rouge incandescent s’illumine. «Un fumeur», se dit Michel, mettant à l’œuvre l’extraordinaire pouvoir de déduction qui a fait sa renommée de journaliste.
À mesure qu’il approche, Michel remarque malgré la pénombre que la peau du mystérieux fumeur semble… mauve. «Comment vous appelez-vous?» demande le journaliste. «Je ne peux pas vous dire mon vrai nom, explique l’homme. Ce serait dangereux pour ma sécurité. Et la vôtre. Vous pouvez m’appeler… Deep Douceur.» L’homme lui tend un épais dossier.
Michel l’ouvre, feuillette un peu. À mesure qu’il tourne les pages, son teint devient de plus en plus blafard. «Bon sang… Nom de Dieu… Mais… C’est de la bombe. C’est…»
Sous le choc, Michel relève la tête. Deep Douceur n’est plus là .
Michel se dirige à toute vitesse vers sa voiture. Il empoigne son téléphone cellulaire, une grosse brique grise avec lequel chaque appel coûte genre 5 piasses, et compose le numéro de son rédacteur en chef. «Lionel! Tu croiras pas ça. Je tiens de quoi de gros. Ça va brasser. C’est Ronald McDonald. Ronald! Il… IL GÈLE CERTAINS DE SES PRIX POUR UN AN!»
Dans la salle de rédaction, à l’autre bout de la ville, Lionel se lève d’un seul trait et crie :
«ON TUE LA UNE!»
La nouvelle s’est évidemment répandue comme une tache de graisse sur un sac en papier brun.
La Presse en a parlé. Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec ont pris pris un break de publier des chroniques pour boomers xénophobes afin d’en parler. La radio de Radio-Canada a fait plusieurs segments sur le sujet, Pénélope a fait une table ronde, et l’émission du matin a reçu le maire McCheese pour un hot seat qui ne l’a rendu que plus délicieux en faisant fondre son fromage. Le téléjournal de Patrice Roy a envoyé un journaliste sur place pour faire le point sur la situation.
«Mme Swijtink tente aujourd’hui d’apporter un peu de répit [aux consommateurs]», a écrit La Presse Canadienne, qui ne fait que rapporter la nouvelle et rien d’autre. En matière de répit apporté, la CEO de McDo Canada pis l’infirmière qui vient prendre le shift de nuit d’un parent avec un enfant polyhandicapé, c’est parfois difficile de les différencier, c’est juste un fait. La Presse Canadienne est, comme l’indique son site web, «une source impartiale, animée par la vérité, l’exactitude et la rapidité». On ne sait pas si c’est impartial de régurgiter le communiqué de presse d’une entreprise qui fait 25,4 milliards de dollars par année, mais c’est sûr que c’est rapide!
Pour essayer de se convaincre qu’elle n’était pas que le porte-voix d’une campagne de pub, la journaliste de La Presse est allée parler avec une spécialiste de l’expérience client, pour savoir si la campagne de pub en question avait des chances de fonctionner. Voyez? On ne fait pas que recopier le communiqué, on se demande aussi pourquoi le communiqué est-il si tellement vraiment cool.
Les titreurs, eux, étaient si pressés d’envoyer la nouvelle en ligne qu’ils ne se sont pas vraiment donné la peine de lire l’article qui allait sous leur titre. Ainsi, plusieurs ont écrit que l’empire du clown à friteuse allait «geler ses prix», sous-entendant que le menu au complet, du McFlurry au Gros Mac, en passant par la frite que je vais prendre sans les patates s’il vous plaît, oui c’est ça vous pouvez juste mettre un quart de tasse de sel dans un petit cup merci beaucoup, allait être frigorifié du coûtant. Dans les faits, c’est pas ça pantoute: ça concerne cinq ou six items sur le menu. Pis aucun de ceux que tu commandes d’habitude.

Et c’est ainsi que se croisent l’apogée du journalisme d’enquête et la générosité d’une multinationale qui libère plus de 61 millions de tonnes de CO2 chaque année et génère au moins 1 million de tonnes de déchets annuellement.
Des profs d’université en journalisme partout à travers le Canada sont actuellement en train de refaire tous leurs plans de cours pour intégrer le traitement de cette nouvelle dans leur cursus en bumpant Edward Snowden. Un étudiant au doctorat à l’UDM a déjà soumis son projet de thèse: «Trios McValeurs journalistiques : quand l’impartialité, l’exactitude et l’indépendance se déploient dans un délicieux écosystème médiatique avec une petite patate à déjeuner».
Toutte va coûter plus cher, mais c’est une bonne chose, comprenez-vous?
Tant qu’à donner dans le journalisme petit-bourgeois, entre une plogue de cloune et les tragiques déboires de ce pauvre couple de retraités qui se demande si la vente de son deuxième chalet (acheté 50 000$ et vendu 4 millions) suffira à financer leur rythme de vie d’une croisière à tous les deux mois, La Presse nous explique aussi que la hausse du panier d’épicerie en 2026 est inévitable et se chiffre à 1000$.
S’ensuit tout un dossier sur la précarité alimentaire, l’importance de soutenir notre agriculture locale, la concentration dans le domaine des épiceries et les salaires faramineux des PDG de grandes bannières, han?
Han?

Ben non, gang de caves!
C’est La Presse.
S’ensuit tout un dossier sur comment on devrait être reconnaissant·es que les boss de IGA pis Métro daignent nous nourrir, eux qui ont tellement des jobs difficiles, pis comment, au fond, c’est juste une excellente nouvelle qui va nous forcer à être plus créatif·ves, à moins gaspiller et à mieux chasser les aubaines. Par exemple, on apprend dans cet éclairant article que si on prenait le temps de faire nos propres cannages avec un sac de tomates fraîches du marché, non seulement on économiserait sur l’épicerie, mais on économiserait aussi sur le psy, parce qu’on soignerait notre estime personnelle grâce à LA FIERTÉ. Quelle fierté que de tendre la main vers un pot de sauce tomate maison qui n’a coûté que 99 cennes ainsi que 4 heures qu’on n’a pas dans notre fin de semaine!
Autre solution révolutionnaire pas mal plus efficace que de critiquer le système en place en proposant des alternatives d’action sociale pour faire trembler les institutions: faire de la sauce à spag en gang! Voilà un conseil qui surprendra assurément tous les ateliers de cuisine populaire et les organismes de région en mal d’une levée de fonds. N’oubliez surtout pas de mutualiser votre pain à l’ail!
Non mais on est-tu épas rien qu’un peu de pas avoir pensé à «pas crisser de bouffe aux poubelles» et «acheter en spécial».
Heureusement que La Presse est là pour me dire de congeler des affaires sur le bord de périmer, je pensais que le congélo c’était juste pour mettre ma tête!
— Caroline, qui tente un Sylvia Plath nordique régulièrement quand elle voit sa facture d’épicerie
L’insécurité alimentaire a doublé en quatre ans? Faut yienque regarder les circulaires, dummy!
— La première version de l’article dans La Presse, juste avant que François Cardinal repasse dessus pour rendre ça plus positif
Caro, as-tu pensé à nourrir juste un enfant sur deux?
— Mathieu, qui se cherche un poste de chroniqueur dans la presse mainstream
Tout ça n’est pas sans rappeler la fois où Loblaw a eu droit à une mégacampagne de publicité grétis dans tous les médias incluant le Prions en Église et Le petit écho de la forêt parce que l’entreprise a gelé les prix des produits No Name pendant trois mois en 2022. Et on ne niaise pas quand on dit «trois mois»: ta macédoine de légume Sans Nom allait pas bouger de prix pendant novembre 2022, décembre 2022 et janvier 2023. That’s it.
Loblaw a-t-elle passé proche de la faillite à force de tels coups de générosité? Presque!
Un article après l’autre, la hausse des prix est toujours présentée comme une inévitabilité. Une loi de la nature. Un act of God. Comme si Per Bank (le dude au nom de vilain de James Bond qui remplace Galen) se levait le matin et découvrait que, bien malgré lui, ses boîtes de biscuits soda allaient contenir 20% moins de biscuits, 30% mois de soda, et coûter 10% plus cher. «Noooon! Pourquoi, Seigneur?» s’exclame alors Per, les bras vers le ciel.
Quand les prix montent, c’est jamais la faute de personne. Quand les prix gèlent, par contre, haaaaaa ben là c’est grâce à la générosité sans borne d’une CEO qui défie les dieux dans le but pur d’«apporter un peu de répit». Merci, madame McDo.
Êtes-vous vraiment si facile à berner, amis des médias?
Si oui… Contactez-nous, on a des NFT de singe à vous vendre.
— Les Vas-tu, qui s’essaient
On va le dire crûment: si y’a pas «crisser le feu à la maison du CEO pour lui faire peur et forcer le ruissellement de la richesse», ta liste de moyens d’économiser à l’épicerie n’est pas sérieuse. Traiter le prix de ce qu’on mange sans parler systématiquement et clairement de pour quossé faire que pu personne a les moyens de s’acheter un céleri sans plan de paiements en six versements, c’est absurde.
Quasiment aussi absurde que d’envoyer une alerte qui fait buzzer nos téléphones pour nous annoncer comme si c’était une nouvelle que le Trio McValeur Burrito-matin bougera pas de prix.
On avait une question, d’même…
Et purement par intérêt sociologique, là , on se demandait… Les gens qui empruntent des choses à l’épicerie pis qui oublient malencontreusement de les ramener et les mangent parce que ce serait bête de jeter ça pareil, c’est quoi votre meilleur truc pour accidentellement payer moins cher?
On rappelle que le vol est un crime, mais se tromper souvent de code de fruits, c’est tout simplement de l’étourderie. On n’est pas des criminels endurcis, on a juste un TDAH non diagnostiqué.
Vous avez de bons trucs pour * faire baisser la facture * tousse tousse clin d’oeil clin d’oeil tousse oeil mouillé parce que tousse faux ? Droppez-les dans les commentaires, c’est pour la science!








