Un dernier Chefs pour la route?
Ce texte est composé uniquement de spoilers. Rien d’autre.
Ahhhhhhhhhhh le printemps au Québec, quand tu dois mettre ton bikini par-dessus ton Canada Goose pis que tes poubelles sont encore momifiées dans la glace comme Ötzi. On est pas sûr·es de grand-chose vu que nos yeux passent quinze heures ouverts à se demander si toutte est de l’IA, mais on a trois certitudes quand se pointe cette saison bénie :
tu portes jamais le bon jacket pour sortir
t’as 22 minutes et 38 secondes pour profiter du lilas quand il va fleurir
LES CHEFS POINT D’EXCLAMATION VONT RECOMMENCER BETÔT.
AKA notre raison de vivre.
AKA nos visages bientôt baignés dans la douce lueur de La Face d’Élyse et des ondes probablement cancéricotoxiques de notre écran.
AKA l’affaire qui fait que vous êtes ici depuis tout ce temps et qui justifie le petit pécule que vous investissez dans notre scheme pyramidal textuel.
AKA l’émission sur laquelle on n’écrira pas cette année.
Euh pardon?
— Toé, right now
Mettons que tu aurais raté chaque texte où on commence en disant qu’on farme la shop sous peu, ben, c’est ça, là : Belle Élyse ne nous a pas demandé de tout arrêter, mais on va quand même farmer la shop dans pas long.
Mais avant de mettre la petite pancarte «Local à louer» sur notre blogue pis que ça devienne un vape shop qui vend aussi des chips avec une face de rappeur dessus pis plus de sortes de Nerds gummies que nécessaire, on a décidé de vous offrir tout un scoop :
TOUTE la saison des Chefs! analysée, décortiquée et soigneusement divulgâchée pour vous!
Grâce à nos plogues dans le monde de la télévision et du inventer-des-affaires, on peut vous présenter en exclusivité le parcours de chaque nouvel aspirant-chef, de celle qui part la première qu’on va malheureusement pas s’en rappeler pour cause de troubles de mémoire liés à la périménopause à celui qui va gagner et qu’on va probablement oublier sauf s’il ouvre un resto à déjeuner où y’a pas trop de file le dimanche.
Minh, c’est à toi qu’on s’adresse. À quand deux oeufs bénédictminh?
— Les Vas-tu, toujours friand·es d’un bon jeu de mots oviforme
Élyse, pour la dernière fois de nos vies, la parole est à toi. Il commence quand le texte?
Agathe Salmeron
Avec son regard de fer et un talent inégalé pour attacher son tablier, Agathe a fait trembler dans leurs shorts plus d’un concurrent.
Tenant à rendre hommage à ses origines marseillaise, Agathe cuisine pour le premier défi une bouillabaisse au pastis avec un accompagnement de pétanque fort réussi qui aurait assurément pu impressionner les juges si le thème de ce défi n’avait pas été «réinventez le p’tit sandwich pas de croûte». Elle est donc la première à quitter la brigade. Un brin dommage que le défi de la bouillabaisse s’en venait la semaine d’après.
Charles Dumais
Charles a fait ses classes au Toqué!, le resto avec un point d’exclamation dans son nom. Et là, on ne veut pas sonner paranoïaques-conspi, mais suivons un peu le fil…
Le Toqué a été fondé en 1993. → La même année, Kim Campbell devenait la première femme première ministre du Canada. → Le Canada est un pays. → La Turquie aussi est un pays. Un pays dont le nom commence par la lettre T. → Quel resto a aussi un nom qui commence par T? Le Toqué!. → Quelle émission de télé a aussi un point d’exclamation dans son nom? Les Chefs!. → Qui est juge aux Chefs!? Normand Laprise. → Pis on pense qu’on a déjà vu Normand Laprise au Toqué! une fois qu’on passait devant en tentant de ouerrer dans les assiettes des riches qui ont les moyens de manger là.
Tk. On dit ça, on dit rien.
Toujours est-il que Charles a été éliminé au deuxième épisode, parce que son plat de cigare au chou ne rendait pas assez hommage au 40e anniversaire de l’explosion de la navette Challenger.
Thierry-Tri Du-Boisclair
Thierry-Tri est le premier népo-bébé de l’histoire des Chefs!, si on oublie Maribel Pro-Vince, de la saison 3. Son père Tri Express est en effet une légende du sushi montréalais.
Mais Thierry-Tri est aussi un garçon très près de ses émotions qui passe la moitié de sa vidéo de présentation à pleurer parce qu’il en revient pas d’être aux Chefs!. C’est donc en larmes qu’il a présenté chacun de ses plats, et si c’était vraiment touchant à l’épisode 1, un peu intense à l’épisode 2, ça a carrément joué contre lui à l’épisode 3, quand une sauce parfaitement assaisonnée est devenue beaucoup trop salée de par l’addition d’un torrent involontaire de larmes digne qu’un rewatch de la swompe of sadness de L’Histoire sans fin en phase lutéale.
Simon Lachapelle
À la tête de sa cuisine, Simon «sait offrir un véritable show à sa clientèle», nous annonçait sa bio. Ce n’était pas un mensonge! Le voir flipper dans les airs les bouteilles d’huile de cameline et de vinaigre de cidre tout en dansant sur son îlot durant le défi de salade rappelait les meilleurs moments de Coyote Ugly. (Soit : tout le film. Y’a pas un boutte pas bon. Can’t fight the moonlight.)
L’aventure de Simon a pogné un mur au quatrième épisode, quand il a découvert un angle mort inattendu dans son expérience culinaire : il n’avait jamais fait de grilled cheese avec du fromage orange, des tranches de Gadoua et la même poêle que ça vaut pas la peine de laver parce qu’on va en refaire demain anyway. Arrivé au duel, il a été complètement déboussolé par la demande d’un grilled cheese «traditionnel» et s’est lancé dans le cheddar vieilli, le pain de campagne au levain et un couple hétéro dont le gars sort les vidanges pis la fille fait tout le reste. «ÉLIMINÉ», s’est exclamé un Pasquale babounesque complètement hors de lui de trouver des oignons caramélisés et une demande de divorce dans son griltchize.
Sébastien Louisseize
Proche parent de Steve Roidelapatate et Lucie DairyQueen, Sébastien connaît un très bon départ dans la brigade, impressionnant juges et animatrice avec ses extravagantes pièces montées.
Puis, au cinquième épisode, c’est le choc et la consternation alors que, penché au-dessus d’une marmite, les lunettes, le nez et la moustache de «Sébastien» glissent et atterrissent dans la béchamel, révélant que «Sébastien» est en fait Mélissa, de la saison 2017!
Convaincue qu’elle a perdu cette année-là à cause du sexisme, elle tentait un Chevalier d’Éon, en revenant sous les traits d’un homme.
Les juges goûtent quand même son plat, mais pour cause de poils de moustache et de nez en plastique dans sa béchamel, elle est éliminée.
Que seraient Les Chefs! sans une plogue de commanditaire pas subtile pantoute? On se le demande
[Mathieu et Caroline s’avancent au milieu de la cuisine, poussant un petit chariot. Mais c’est un chariot comme à la bibliothèque, avec des livres dessus.]
Aspirants-aspirantes-chefs-cheffesses, on vous demanderait de tout arrêter!
Notre tout nouvel album jeunesse, Jeanne veut la paix, de notre série Les Bestioles est maintenant en librairie, et vous devez lâcher tout ce que vous étiez en train de faire pour aller l’acheter dans une librairie indépendante!
C’est tellement chaud sorti de l’imprimerie qu’il faut le lire avec des mitaines de four! On vous rassure tussuite : vous pouvez l’apprécier sans avoir lu le premier, Fais pas ton Paul. Mais vaut mieux être prudent·es pis acheter les deux, tsé.
Maintenant qu’on vient de faire à peu près 1,45 $ chacun·e avec nos droits d’auteur, et attaboy la balloune sur laquelle on va partir avec ça, de retour au programme principal!
Ludovic Hans Cormier
Ouf, dur coup sur l’ego pour Ludovic lors du fameux défi des pâtes fraîches!
Pendant que Mathieu, en direct de son divan pis de ses bobettes, s’arrache les cheveux en hurlant devant la tévé que mon doux p’tit batinse de Jésus de plâtre que les pâtes fraîches c’est pas SI difficile viarge de bout d’crisse, Ludo se démène avec son motton cru pogné dans la machine, qui deviendra ensuite un motton qui flotte dans de l’eau chaude, avant de devenir plusieurs petits mottons semi-cuits dans les assiettes des juges.
«Il arrive dans la compétition avec le feu dans les yeux!» disait sa biographie sur le site de Radio-Canada. On n’aurait pas pu mieux dire : alors qu’il pique un sprint vers le broiler pour récupérer son pain à l’ail qui s’en venait un p’tit peu trop gratiné, Lulu ne freine pas à temps (maudits Crocs!) et se ramasse les deux sourcils gratinés. Aucun poil de sourcil n’a été malmené durant cet épisode, nous a garanti la production par communiqué.
Malgré une belle prestation au duel (15 minutes pour faire des toasts beurrées, mais tu dois faire ton pain pis ton beurre avec un pichet de crème, une pincée de sel pis une cuillère de bois), Ludodo et ses sourcils repartent bredouilles.
Jana Larose
Jana travaille au Comptoir de l’Auberge Saint-Mathieu, buvette estivale attachée à un restaurant étoilée Michelin. C’est en effet le meilleur endroit en Mauricie où faire faire une rotation de ses pneus, et leur poireaux vinaigrette sont pas pires aussi. C’est donc avec la pression d’un thumbs up de Bibendum qu’elle se pointe aux Chefs point d’exclamation.
Si son début de parcours est particulièrement flamboyant (sa béchamel est sacrée «meilleure sauce blanche du 21e siècle» par un Jean-Luc particulièrement saucé ce jour-là), Jana prend toute une débarque au 7e épisode, qui célèbre les 50 ans des JO de Montréal. Sa sculpture de Nadia Comăneci en patates pilées échoue à éblouir les juges sous prétexte que «c’est juste des patates pilées» et elle obtient l’inverse d’une note parfaite.
Charlotte Maurin
Si, comme nous, vous suivez attentivement les Lauriers de la gastronomie (c’est comme nos Oscars! Cette année on s’est infiltré·es sur le tapis rouge et on a réussi à avoir un autographe de Jonathan Strokowski Ross! … Vous avez donc ben pas de réaction. Jonathan Strokowski Ross. Le chef-sommelier de La Tanière3. Tk. On était ben excité·es.), le nom de Charlotte Maurin vous est assurément très familier puisqu’elle était en nomination en 2025 dans la catégorie Révélation de l’année. Elle n’a pas gagné, mais hey, c’pas rien! Ça marque l’imaginaire.
Pendant huit épisodes, Charlotte a démontré qu’elle n’avait pas reçu cet honneur sans raison : sa béchamel réinventée, où elle utilise du pain de seigle plutôt que du lait, du smoked meat plutôt que du beurre et de la moutarde plutôt que de la farine, a épaté les juges. Le Titanic de son ambition a frappé le iceberg de la réalité durant le défi Special K, commandité par la célèbre marque de céréales, où les concurrent·es ne devaient utiliser que des ingrédients débutant par la lettre K. Son kiwi au kamut dans une sauce au kohlrabi n’a pas fait le poids devant le kaki au kumquat et konjac du gagnant.
Rainiel Cruz
Rainiel a travaillé dans des cuisines en Espagne, en Allemagne, en Équateur et en République dominicaine. Mais c’est dans le très exotique studio des Chefs! qu’il mène le combat de sa vie.
Il a participé à pas moins de 12 duels en 8 émissions, un phénomène que même les producteurs de l’émission n’arrivent pas à expliquer. Lors de ces duels, on l’a vu faire un plat à la mijoteuse en moins de 22 minutes, couper une seule pomme de terre en 200 minces tranches et cuisiner une brandade de morue nîmoise sans avoir le droit d’aller sur le site de Ricardo (le meilleur).
Étonnamment, c’est une sauce mayo-ketchup qui l’aura finalement fait chuter. «Ça s’est joué sur des détails», diront les juges. «La sauce d’Amelia a été brassée deux coups de cuillère de plus, ce qui lui a donné un goût plus homogène.»
Mayara Palma Martin et Amelia Estefania Espinoza Tavera
À deux, elles ont sept noms et beaucoup d’expérience. Leur présence en finale n’a rien d’étonnant : toute la saison durant, elles ont évité le duel, d’abord en étant bonnes, ensuite en se cachant derrière des aspirants-chefs plus grands pendant qu’Élyse annonçait les perdant·es.
Malgré leur feuille de route impressionnante (ça c’est du vocabulaire d’analyste! on est des journalistes, nous! on fait du sérieux!), rien ne les avait préparées à la ratourotwist que leur sert Élyse pour le défi final : un menu progressif 7 services de fruits de mer de la Gaspésie à cuisiner en apesanteur, à servir dans un suit d’astronaute au juge invité, David «Coquille» Saint-Jacques.
Dommage : c’est à ce moment de la compétition qu’Amelia se rend compte que de servir une barre Nature Valley déconstruite en apesanteur n’était pas la meilleure décision de la saison. Mayara, elle, aura mal calculé l’effet de l’absence de gravité sur son saumon sous vide : il aura passé tout le temps de cuisson à tournoyer à 3 pouces au-dessus de l’eau.
Olivier Godbout Lacasse
Le voiciiiiiiiiiiiiiiiiiiiii, le voilàaaaaaaaaaaaaaaaa, le grand gagnant de cette voyons on est à la combientième saison des Chefs!, déjà?
Olivier est chef de la Buvette Gentille, établissement qui est depuis de nombreuses années en compétition avec la Taverne Mesquine, installée juste en face.
Ce qui a permis à Olivier de se rendre aussi loin dans la saison, c’est-à-dire que plus loin que ça, il se rendait dans le stationnement des studios à Ville Lasalle pis si on l’arrêtait pas, il allait carrément retourner à Charlevoix par le fleuve, c’est sa détermination, mais aussi le fait qu’il a 36 ans. 36 antiques années. 36 longues rotations autour du Soleil.
Pis, ben, quand t’es le plus vieux de la brigade, tu connais tes bases, tu respectes le produit pis… tu mets de la sauce. Crissement de la sauce. Reconnu tout au long de la saison pour le petit pichet avec une paille qu’il dépose près des juges (et plus près encore de JL), Oli a maintenu une feuille de route impeccable : première place au défi de JO avec sa caille grand écart sur poutre de carottes au foin d’odeur, pâtes fraîches pas ratées, et on en passe.
Olivier, c’est la démonstration que vieillir, c’est super. On aime ça, vieillir. Tout le monde aime ça! D’ailleurs, on n’est pas «vieux vieilles», on est «expérimenté·es», et cette expérience fait qu’on est meilleur·es que tout le monde même si des fois on a mal au dos pendant cinq jours parce qu’on a juste un peu trop forcé en mettant notre soulier gauche, pis oui ça nous est déjà arrivé pourquoi vous demandez, on est dans la quarantaine et ça ne nous dérange même pas.
Tout ça pour dire qu’on n’arrête pas Vas-tu finir ton assiette parce qu’on est old et dépassé·es, ni parce qu’on n’est plus capables de se coucher à 2 heures du matin pour écrire des textes. OK là?
Bon.
Ça n’a rien à voir.
On est encore cool.
De quoi on parlait déjà?
Ah ouais. Prochain texte : c’est la fin.
And in the end
The ratoure you take
Is equal to the ratoure
You make
















