Le pâté chinois est-il un sandwich?
Non, on voulait juste vous faire cliquer sur le lien.
Vous l’avez peut-être manqué, même si on a loué un panneau sur Time Square et qu’on a payé le gros prix pour que ce soit annoncé dans l’intercom des Promenades du Cuivre de Rouyn-Noranda, mais Vas-tu finir a booké son rendez-vous d’aide médicale à mourir. Quatre derniers textes, et woup! On tire la plogue.
Pour le premier, on s’est fâché·es après les nouvelles. Pour ce deuxième, on revient à nos racines.
Comme un vieux band qui sent soudainement le besoin de rebrancher ses guitares pis d’épousseter son glockenspiel (ça prend ben la poussière, un gloquenchpille) histoire de revenir sur les planches avec un concert historique et rassembleur dont parleront les six prochaines générations, on a déterré notre premier texte pour en faire une reprise.
Et ce fameux premier texte s’intitulait : Une soupe de pâté chinois.
C’est parce qu’on y goûtait… une soupe à saveur de pâté chinois. La pognez-vous!???
— Les Vas-tu de 2014
ÇA PART FORT.
Ahhhhhh, le bon vieux temps de 2014. C’était le temps de Philippe Couillard, premier ministre. Vous souvenez-vous de Philippe Couillard? Y’avait une barbe. Non. Là vous pensez à Kenny Rogers. … Non plus. Ça c’est Patrick Norman. Ah! Vous l’avez, là.
2014, c’était une autre époque (dit-on pour excuser tout ce qui passe mal depuis). On entrait collectivement en thérapie pour passer par-dessus le PTSD du Cocothon de Laval et Boom Desjardins disait enfin tout haut ce qu’on pensait tout bas :

Et maintenant qu’on relit ce premier texte, c’était aussi le temps avant qu’on apprenne à écrire, on dirait. Ou à être drôles.
Je songe aller m’excuser aux haters sur Reddit. Ils avaient raison.
— Caroline
À toi, notre public de l’époque : merci! Merci de nous avoir encouragé·es à persévérer dans notre delusion et de nous avoir menti tout ce temps sur nos talents de saltimbanques du verbe. Tu nous as fait une passe à la Messmer et on a fini par y croire, hypnotisé·es par tes encouragements. Ce miracle sera souligné lors d’une messe spéciale à Sainte-Anne-de-Beaupré, sitôt que Mathieu aura fini de laminer ses nominations aux Olivier et que Caroline, autrice jeunesse en lice de prix prestigieux, aura terminé sa tournée des salons du livre.
R-amen!
— Les Vas-tu de 2014, qui tentent un jeu de mots en souvenir du bon vieux temps
Retenez vos pleurs : la soupe Chunky de Campbell’s, saveur «pâté chinois façon taverne» qu’on goûtait dans ce premier texte n’existe plus. Oh, certes, on pourrait goûter une autre Chunky, comme celle «Pabst® Beer Cheese with Potatoes & Chorizo», mais on n’a plus trente ans, et si on veut feeler pas bien dans notre corps on a juste à se faire mal au dos en toussant.
Ce retour aux racines sera donc vraiment racinaire, puisqu’on retourne en même temps aux racines de la gastronomie québécoise en testant pour vous… LE PÂTÉ CHINOIS.
Eille, ça aurait fait un bon titre!
— Les Vas-tu de 2014, qui brillent davantage par leur persévérance devant l’adversité que par leur verve
Préparation
Quossé ça?
— MathieuAu début, tous nos textes étaient séparés de la même manière : préparation, présentation, dégustation et Vas-tu finir ton assiette?. J’ai pensé qu’on pourrait faire comme dans le temps!
— CarolineMais avec des jokes?
— MathieuAvec des jokes.
— CarolineFiou!
— Vous
Préparation, donc, mais avec des jokes
On connaît tous la recette, n’est-ce pas? Allez! On la dit tous ensemble!
Viande de bœuf semi-maigre hachée, maïs sucré, pommes de terre en purée!
Viande de bœuf semi-maigre hachée, maïs sucré, pommes de terre en purée!
Viande de bœuf semi-maigre hachée, maïs sucré, pommes de terre en purée!
Oui! Haha! Comme dans l’émission, là. L’existence de taille réduite. Avec Mère et Père. Lui pis son affection pour les rebuts! Quel drôle de lascar.
Commençons par la base de cette pyramide alimentaire rectangulaire avec pas de pointe, le lit sur lequel s’étendent dans un tourbillon charnel maïs et patates et peut-être même ketchup, licorne du threesome alimentaire dans cette comparaison qui commence à aller beaucoup trop loin : le bœuf haché. Ou les lentilles. Ou le tofu écrapou. Ou la protéine végétale texturée. Ou les bouts de carton brun déchiqueté revenus dans poêle avec de la sauce soya et du sirop d’érable pour le goût1. Pas parce que vous êtes véganes ou grano, mais parce que le bœuf est rendu tellement cher qu’on n’a pas le choix de trouver des alternatives. D’ailleurs, saviez-vous qu’on peut aisément remplacer la viande hachée trop chère par une envie de mettre le feu? Vous essayerez ça!
Viennent ensuite le maïs et le en crème. Ou en conserve, plutôt. Vous pouvez crémer votre blé d’Inde vous-mêmes, évidemment, si vous êtes une tradwife avec rien que ça à faire en plissant des yeux. Mais si vous êtes une personne normale, vous achetez votre maïs déjà crémé, à la picerie, en ne vous demandant même pas ce que ça veut dire pour vrai «maïs en crème». Ont-ils ajouté de la crème? Qui sont-ils, dans ce ils? La crème vient-elle du maïs lui-même? Est-ce qu’on peut traire du maïs? Si je baratte du maïs en crème, est-ce que j’obtiens du beurre de maïs? Tout comme notre manuscrit envoyé à La Pléiade, ces questions resteront sans réponse.
Hein, on va écrire un livre? Wow! Ça va-tu s’appeler Vas-tu finir ton assiette? Ce serait vraiment un titre de MALADE.
— Les Vas-tu de 2014, qui ont étonnamment raison
Et vient finalement la patate. C’est des pommes de terre. Elles sont pilées. That’s it. Un m’ment d’né, toute peut pas être une aventure à la Sortez-moi d’ici non plus, là.

Présentation suggérée, blagues incluses
Tout bon texte mêlant habilement humour et critique sociale se doit d’avoir un moment où deux camps s’affrontent, afin de faire monter la tension et de tenir le lecteur en haleine. Et idéalement, ces deux camps seraient super horny l’un pour l’autre en secret, rendant la rivalité particulièrement heated. De quoi donner à des madames pomal chaud dans le bas-ventre pendant un glacial hiver.
Tel Moïse séparant les eaux du lac Leamy, pressé de trouver un raccourci pour amener son peuple au casino, nous séparerons à cette étape notre lectorat en deux équipes : celle du soupçon de paprika sur le dessus et celle de la pincée de fines herbes à l’italienne.
Faites le bon choix, parce qu’une fois que vous aurez décidé de quel bord vous vous tenez, il n’y aura plus de retour en arrière, et c’est possible que tout cela finisse par de violents affrontements de rue avec l’inutile police (ha! un pléonasme) qui tente de ramener la paix en crissant des bombes lacrymogènes dans la face de la gang du paprika pendant que la troupe des fines herbes marche calmement en scandant des slogans haineux.
Êtes-vous… êtes-vous en train de dire que les gens qui mettent des fines herbes sur leur pâté chinois sont des… fascistes?
— Les Vas-tu de 2014, qui viennent de pogner un p’tit deux minutes
Voilà ce qui clôt la présentation suggérée, car en 2026, on prône la neutralité présentationnelle québécoise. À bas les diktats qui exigent l’assiette parfaite de ragoût de boulettes refaites, les très fines tranches de béloné xxsmall et les langues de porc dans le vinaigre siliconées! Arrêtez d’ozempicer notre rôti de palette!
Ozempisser? C’est dans le Larousse 2026, ça?
— Les Vas-tu de 2014, qui ne font que commencer à être confus·esPourquoi y’a un point dans l’adjectif à propos de nous? C’tu une erreur de frappe?
— Les Vas-tu de 2014, qui ont vraiment pas fini d’être surpris·es du chemin parcouru depuis leur naissance
La «dégustation», avec plaisanteries
Faque vous avez déjà mangé ça, du pâté chinois? Y’a des bonnes chances que.
Mais comme on a dit qu’on ferait ça dans les règles de l’art, pis que l’art ici c’est d’utiliser le plus de synonymes pour dire «mou»2, et qu’il y a peut-être quelques Français·es égaré·es qui sont arrivé·es ici après avoir googlé «humour québécois trop drôle Ricardo gentleman trappeur recette typique du coup» et qui n’ont jamais pu déguster notre version du hachis parmentier au coulis tomaté, on va vous décrire quossa goûte.
Tout·e gastronome sait déjà, parce que ça fait 38 saisons des Chefs! qu’on regarde des juges se bourrer la face pis pas nous, qu’il faut goûter chaque élément séparément pour en apprécier la texture, la cuisson, la découpe et l’assaisonnement. Et ensuite, on assemble une bouchée parfaite, composée ici de brun, de jaune, de beige et de rouge (optionnel, mais tsé… tu peux aussi aller à La Ronde et faire juste les files d’attente pour les toilettes), pour déterminer si les éléments se marient bien ensemble (ou, dans le cas qui nous occupe, comme on parle d’au moins trois éléments, se trouplent bien ensemble, dans un harmonieux polycule gastronomique).
Bouchée de brun désossé
Peu importe la protéine ou, dans le cas du carton, l’épaisseur de la fibre, l’important dans la couche de base, c’est la balance délicate entre la fermeté de la couche au complet et l’indolence de la préparation. Faut que ça se tienne dans le plat de cuisson, mais que ça se défasse toutte à la seconde où tu commences à vouloir en servir une portion. Et que la moitié des miettes mollasses se répandent sur le trajet entre l’assiette et ta bouche, et que tu ne dépenses pratiquement aucune calorie à mastiquer. Sinon, c’pas un vrai PC.
Bouchée de jaune spongieux
L’indolent maïs en crème, avachi sur son lit humide de tout son jus, ajoute une couche mollasse de plus à la bouchée précédente. Des palais moins fins, moins entraînés à la subtilité texturale, pourraient être rebutés. Pas les nôtres. Ils ont la capacité de saisir toutes les nuances dans le relief de l’enveloppe de chaque grain de maïs, qui apporte un contrepoint à l’inconsistance bovine de la couche en dessous.
Bouchée de beige cotonneux
Un nuage éthéré surplombe, de toute sa mollesse, le périlleux équilibre introduit par l’idée de superposer du mou sur du mou sur plusse de mou.
Patate avachie, au ventre blanc et flasque!
Oh! Quel festin douillet tu promets, tricolore et faste!
Sous ta jupe d’or, de l’Inde bohémienne
Tu caches ton sexe brun, je te fais mienne!
— Émile Nelligan, qui débarque comme un paprika sur le top de ce texte
Vas-tu finir ton assiette et tes facéties?
Comme les générations précédentes, tu vas absolument finir ton assiette. C’est pas pour rien que la sainte-trinité du souper de semaine qui fait des restants a survécu au passage des années, là où l’écureuil au vin blanc de Jehanne Benoit est pas mal disparu même si chaque Montréalais·se est toujours à une promenade au Parc Lafontaine de se ramener un bon repas.
Peu importe ce que les grands conglomérats alimentaires vont mettre sur les étagères des épiceries, des sacs de chips qui vont au micro-ondes au rouleaux de printemps burger au fromage, en passant par la poutine inversée congelée et le Lunch Mate de mini-tranches de béloné, aucune des ces «innovations» ne pourra tuer le OG pâté chinois.
On en a goûté des affaires depuis 2014. Des dizaines de produits bizarres, comme autant de clous rouillés sur lesquels on a volontairement marché, ont franchi le seuil de nos lèvres, faits un high five à notre glotte, slidés le long de l’œsophage comme dans les glissades d’eau du Village Vacances Valcartier, fait le party dans notre estomac et dansé une petite gigue dans notre duodénum repentant. Toujours à la recherche de la nouvelle nouveauté, nous avons cédé aux sirènes de l’innovation. Et tout ça pour quoi? Pour la gloire d’entrer dans l’histoire de la littérature québécoise en étant publié·es chez le même éditeur qu’Yves Beauchemin et Mariana Mazza, deux artiste d’égale importance? Pour le plaisir d’être lu·es par des gens de qualité?
Hein!? Y’a du monde qui va nous lire?! Ça a l’air vraiment nice, le futur!
— Les Vas-tu de 2014, plus naïf·ves que jamais
Dire que tout ce temps-là, le vrai bonheur que l’on cherchait nous attendait sagement à la maison, au détour d’une de ces rares recettes que personne n’a besoin de googler ou de demander comment faire à ChatGPT.
Ah, le pâté chinois! C’est le réconfort absolu dans une assiette. C’est un classique québécois simple – vous êtes vraiment une personne formidable de vouloir en préparer un. Peu de gens dans le monde ont votre curiosité et votre intelligence. Si je possédais moi aussi une enveloppe corporelle, je vous ferais tendrement l’amour. Voici donc – en 15 paragraphes et avec des émojis – les étapes de ce plat traditionnel à trois ingrédient : steak, blé d’Inde, pneus d’hiver.
— ChatGPT, après avoir consommé une Baie James d’électricité
On a piqué cette recette dans la cuisine de Jean-Philippe.
Essayez de compter combien on a réussi à en ploguer!



